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Quelle place pour l'Europe dans la course mondiale à l'IA ?

Quelle place pour l'Europe dans la course mondiale à l'IA ?

Agata, comment l'intelligence artificielle influence-t-elle actuellement les politiques européennes dans le domaine du numérique, et quel rôle jouez-vous chez France Digitale pour naviguer dans ces changements?

L’Europe a pris conscience que la maîtrise de l’IA est essentielle dans un contexte géopolitique et économique de plus en plus tendu. Cela a conduit à une multiplication des annonces sur les infrastructures, l’adoption et la régulation de l’IA. En tant qu’association représentant les startups et investisseurs européens, notre rôle est de veiller à ce que l’Europe ne s’arrête pas aux déclarations d’intention, mais qu’elle déploie des initiatives et des investissements concrets pour faire grandir notre écosystème.

En tant que responsable des affaires européennes, quelles sont les préoccupations majeures que vous rencontrez concernant l'IA et la protection des données personnelles au niveau international?

Les startups françaises et européennes font face à un défi réglementaire majeur : le règlement européen sur l’IA, premier du genre au monde, vient s’ajouter à nombreuses normes existantes – RGPD, cyber résilience, cybersécurité, partage et gouvernance des données, sans oublier les règles sectorielles. Tout cela dans un climat d’incertitude autour des transferts internationaux de données, notamment entre l’Europe et les États-Unis.
Face à cette complexité, startups et scaleups déploient plusieurs stratégies : développement d’offres souveraines, rapprochement des équipes juridiques et produit, mais aussi partage d’expertise entre pairs au sein de communautés comme celle de France Digitale.

Votre expérience en tant qu'animatrice de podcast vous a-t-elle apporté des perspectives uniques sur l'impact de l'IA dans la lutte contre la cybercriminalité? Pouvez-vous partager quelques exemples intéressants?


L’IA est de plus en plus utilisée par les startups françaises et européennes pour détecter et contraster les menaces cyber. Dans notre mapping des startups françaises de l’IA, nous avons identifié une quarantaine d’acteurs spécialisés, parmi lesquels Pradeo, qui sécurise les appareils mobiles, Linkurious, qui traque les menaces criminelles pour les institutions financières et les gouvernements, ou encore bfore.ai, qui bloque automatiquement les attaques informatiques, notamment les campagnes de phishing.

Comment les données ouvertes et l'IA peuvent-elles se compléter pour créer des opportunités innovantes en Europe? Avez-vous travaillé sur un projet où cette synergie était particulièrement marquante?

L’accès à la donnée reste le principal défi technique pour les startups IA, comme l’a démontré notre mapping des startups françaises de l’IA publié en début d’année. Pour surmonter cet obstacle, il est crucial d’élargir le périmètre des données accessibles aux innovateurs. Or, l’application des directives européennes en la matière demeure fragmentée, et les données ouvertes restent limitées et difficiles à exploiter. Des scaleups comme Doctrine, moteur de recherche pour les professionnels du droit, et Explain, plateforme facilitant l’accès et la réponse aux appels d’offres publics, ont su tirer parti des données ouvertes existantes. Mais elles témoignent aussi du besoin d’aller bien plus loin.

À votre avis, quels sont les défis et les opportunités pour l'intégration de l'IA dans les politiques éducatives européennes, en particulier à travers des initiatives telles que 'Erasmus in Schools'?

L’usage de l’IA par les étudiants nous oblige à repenser notre façon d’apprendre à tous les niveaux, de l'école primaire à la formation continue des professionnels. L’IA ouvre des perspectives inédites en matière de personnalisation, de démocratisation et d’adaptation des formations, tout en façonnant les compétences et métiers de demain. C’est dans cette optique que France Digitale s’est associée aux Entretiens d’Excellence lors du Sommet de l’Action de l’IA, avec pour ambition d’amener dans les collèges et lycées le débat sur l’avenir de l’éducation et du travail à l’ère de l’IA. Plus de 400 étudiants à Strasbourg, Lille et Paris ont déjà pris part à l’initiative !

Comment voyez-vous l'évolution de la législation européenne en matière d'IA dans les cinq prochaines années, et quelles devraient être les priorités pour équilibrer innovation et éthique?

Les prochaines années seront décisives pour tester l’impact du règlement européen sur l’IA et des nombreuses lois numériques adoptées à Bruxelles. Il ne s’agira pas seulement d’évaluer leur efficacité, mais aussi d’identifier et de mettre en place les meilleures pratiques de mise en conformité pour les entreprises. Chez France Digitale, nous accompagnons cette transition en publiant des guides pratiques, en animant plusieurs groupes de travail sur ces sujets et en facilitant les échanges entre nos membres et les autorités, à Paris comme à Bruxelles.

Enfin, pourriez-vous partager une anecdote personnelle sur une collaboration internationale qui a changé votre vision sur le potentiel de l'IA en politique ou affaires numériques?

L’initiative Democratic Shield, portée par notre membre Make.org et à laquelle nous sommes associés, incarne parfaitement l’approche proactive que nous défendons. Cette boîte à outils opérationnelle aide citoyens, responsables politiques et institutions à contrer les menaces amplifiées par l’IA lors des élections démocratiques, qu’il s’agisse de désinformation massive ou de cyberattaques. Elle mobilise également les partis politiques, la société civile et les médias dans une démarche collective visant à renforcer la transparence et l’intégrité du processus électoral.

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