Bonjour Samuel. En tant que fondateur d'ACADEE et expert en transformation digitale, quel a été le moment clé qui vous a inspiré à vous spécialiser dans ce domaine, et comment cela a-t-il influencé votre carrière jusqu'à présent ?
2018 a vraiment été un tournant pour moi ! Après 15 ans à travailler aux côtés de personnes incroyablement talentueuses – et croyez-moi, j'ai beaucoup appris d'elles – j'ai fait le grand saut en me lançant comme consultant indépendant.
C'est à ce moment-là que j'ai écrit mon livre. J'y présente une approche qui me tient à cœur : mettre la culture d'entreprise au centre quand on accompagne le changement. On sous-estime souvent ce facteur, alors qu'il est crucial !
Et c'est en plongeant dans ce sujet que je me suis passionné pour la blockchain et l'IA. Je ne m'attendais pas à être autant captivé ! Au début, je voulais juste comprendre ces technologies, mais elles ont complètement changé ma vision des possibilités de transformation pour les entreprises.
Ce qui était une simple curiosité est devenu le moteur de mon travail quotidien chez ACADEE. On aide nos clients à évoluer technologiquement, mais toujours en respectant leur culture – c'est ça qui fait la différence !
Vous avez travaillé dans une startup de la Silicon Valley et pour des agences de communication renommées. Comment ces expériences ont-elles façonné votre vision de la transformation digitale et de l'intelligence artificielle ?
Travailer pour une startup de la Silicon Valley a complètement changé ma façon de voir l'innovation ! Là-bas, défricher de nouveaux territoires, tester, se tromper, recommencer, et recommencer encore... c'est vraiment dans leur ADN. Cet esprit pionnier est profondément ancré dans la culture américaine.
Ce qui m'a frappé en tréavaillant dans des entreprises en France, c'est qu'on ne retrouve pas assez cette mentalité. Ici, on dois souvent faire juste du premier coup, et l'échec est rarement valorisé. Attention, je ne dis pas qu'il faut chercher à se tromper ! Mais plutôt apprendre de nos erreurs. En fait, plus vite et plus souvent on se trompe, plus vite on apprend et on grandit.
C'est pourquoi chez ACADEE, on pousse nos clients à créer leurs propres 'Labs internes'. Ce sont des espaces où la R&D devient un véritable moteur d'innovation. On y réfléchit aux problématiques clients, on teste des modèles d'IA, on fait du prototypage rapide, puis on fait tester tout ça par les équipes métiers. Si ça marche, on passe en production !
L'idée, c'est de créer un terreau favorable où l'innovation peut émerger naturellement et servir concrètement l'entreprise.
En tant que co-fondateur d'un événement IA/Web3, comment pensez-vous que ces technologies redéfinissent l'avenir des entreprises ? Quels sont les défis que vous anticipez dans leur adoption généralisée ?
Soyons francs, c'est un véritable tsunami qui arrive ! Et il risque malheureusement de balayer ceux qui ne prendront pas le virage à temps.
J'explique souvent dans mes conférences cette différence fondamentale : l'humain progresse de façon linéaire, pas à pas, alors que la technologie, elle, est exponentielle. Qu'il s'agisse du volume de données, des cyberattaques ou de la puissance de calcul... tout s'accélère !
Une technologie qui semblait révolutionnaire hier peut être totalement dépassée aujourd'hui, et sera remplacée par une autre demain. C'est là que beaucoup d'entreprises me posent cette question légitime : " Pourquoi me lancer si tout change sans arrêt ? "
Ma réponse est simple : pour gagner en expérience et en compétences. Oui, votre outil risque d'être périmé rapidement, mais au moins vous aurez cet outil ! Franchement, il vaut mieux s'éclairer à la bougie qu'avancer dans le noir complet, non ?
Ce que je veux vraiment faire comprendre, c'est : plus tôt vous commencez, plus vite vous intégrerez des outils qui vont évoluer avec vous. L'essentiel est de mettre le pied à l'étrier.
Chez ACADEE, on voit beaucoup de clients qui démarrent avec un cas d'usage tout simple, un compte-rendu automatique de réunion ou une synthèse de documents, et ce premier projet leur ouvre soudain de nouvelles perspectives qu'ils n'avaient pas imaginées. C'est comme partout : on apprend en marchant.
Le plus grand défi ? Ce n'est pas la technologie elle-même, mais bien le changement de mentalité qu'elle exige. Accepter l'expérimentation continue plutôt que de chercher la solution parfaite du premier coup
Votre livre 'Comprendre et accompagner la transformation digitale' vise à guider les organisations dans ce processus. Pourriez-vous nous expliquer une idée centrale du livre que vous jugez cruciale pour le succès d'une transformation digitale ?
Dans mon livre, j'explore cette théorie de la Spirale Dynamique de Clare W. Graves à la transformation digitale en me basant sur des cas concrets.
Dans les années 60, Graves était un professeur assez visionnaire de l'Union Collège de New York. Il a développé cette théorie qui complète la pyramide de Maslow. Ce que j'apprécie dans son approche, c'est qu'elle s'applique aussi bien à un individu qu'à une organisation entière, ou même à un pays !
Selon Graves, nous passons tous par des étapes structurantes qui sont absolument nécessaires à notre développement.
Comprendre ces étapes nous donne trois avantages précieux:
- La calibration. On peut déterminer à quel niveau de maturité se trouve mon entreprise aujourd'hui. C'est comme un diagnostic initial. Ça nous permet aussi de vérifier que les fondations sont solides avant de construire par-dessus.
- La synchronisation. C'est un peu comme ajuster sa fréquence ! Je peux me mettre 'à la hauteur' de mon interlocuteur, qu'il s'agisse d'une équipe ou d'un décideur, pour l'accompagner en douceur vers les étapes suivantes.
- La prospective. En connaissant la carte du voyage, on a toujours un temps d'avance. On peut anticiper les obstacles, préparer des solutions et garder le cap même quand ça devient compliqué.
Grâce à ce modèle on prend le temps de comprendre où en est vraiment l'organisation et on trace un chemin réaliste pour avancer.
En tant que consultant, qu'observez-vous comme obstacle majeur pour les entreprises qui hésitent à intégrer l'IA dans leurs opérations quotidiennes, et comment les accompagnez-vous dans ce processus de changement ?
Le plus grand risque aujourd'hui, c'est de ne rien faire !
Ce que j'observe sur le terrain, c'est que trop d'organisations sont tétanisées, comme un lapin figé dans les phares d'une voiture. Elles voient l'IA arriver à toute vitesse, mais au lieu de bouger, elles restent paralysées par la peur de l'inconnu, du changement ou de la complexité perçue.
Notre approche chez ACADEE est beaucoup plus terre-à-terre. On commence par organiser des petits ateliers pratiques où les équipes peuvent simplement découvrir ces outils et explorer leurs premiers cas d'usage. Et c'est toujours le même scénario : on voit les yeux des participants s'illuminer quand ils réalisent ce qu'ils peuvent accomplir et surtout, à quel point ces outils sont devenus accessibles.
C'est un vrai déclic ! Les gens comprennent qu'ils n'ont pas besoin d'être ingénieurs en informatique pour structurer correctement un prompt ou pour mettre en place un workflow dans Make ou n8n. Cette démystification est souvent le premier pas qui débloque tout le reste. C'est ce que l'on fait aussi lors de notre salon IA/Web3 : des ateliers pratiques pour passer à l'action.
En fait, notre plus grande valeur ajoutée n'est pas dans la technologie elle-même, mais dans notre capacité à transformer cette paralysie initiale en curiosité, puis en enthousiasme. On fait des affiches, des articles de blogs et même des musiques...
Une fois cette barrière psychologique franchie, la transformation s'accélère naturellement parce que les équipes commencent à imaginer elles-mêmes de nouvelles possibilités pour leur métier.
Vous êtes impliqué dans la démocratisation de l'intelligence artificielle et de la blockchain. Quelles stratégies ou initiatives proposez-vous pour sensibiliser davantage le public sur le potentiel de ces technologies ?
Ma démarche est vraiment "les mains dans le cambouis" ! J'anime des conférences et des ateliers pratiques pour tous les publics imaginables, des cadres d'ENGIE aux membres de la Chambre d'Agriculture, en passant par le personnel administratif de l'Université Technologique de Troyes ou le personnel civile et militaire au Ministère des Armées.
Mon objectif n'est pas de faire un cours magistral, mais de leur montrer concrètement ce qui existe aujourd'hui, ce qu'il est possible de faire, puis de les faire passer eux-mêmes à l'action. J'aime dire : démystifions tout ça et prenons-le comme un jeu !
Mais attention, je ne suis pas non plus un béni oui oui de la tech. J'insiste toujours sur trois grandes questions éthiques que soulève l'IA :
D'abord, l'impact environnemental. On oublie souvent qu'il faut des terres rares pour fabriquer nos composants technologiques, et l'industrie minière est l'une des plus polluantes au monde. Sans parler de l'eau nécessaire pour refroidir les datacenters !
Ensuite, l'impact énergétique. Ces millions de serveurs qui stockent nos données et entraînent les modèles d'IA consomment une quantité phénoménale d'électricité. On ne peut pas ignorer cette réalité.
Enfin, l'impact social. Derrière l'IA qui semble un peu "magique", il y a des travailleurs de l'ombre, sous-payés, qui labellisent les données pour préparer l'entraînement des modèles. C'est toute une économie invisible qu'on préfère ne pas voir.
Je m'interroge aussi beaucoup sur l'impact à long terme sur l'intelligence humaine : si on sous-traite tout à l'IA, on ne fait plus fonctionner son cerveau. Quel sera le résultat dans quelques années ou sur les générations futures ?
Pour sensibiliser à tous ces sujets de façon plus immersive, j'ai créé une comédie musicale intitulée 'SOUS MA PEAU' disponible sur toutes les plateformes de streaming : https://linktr.ee/sousmapeau
On y plonge dans un monde dystopique qui oppose les 'Augmentés', dotés d'implants neuronaux quantiques, et les 'Biologiques', laissés pour compte et au service des premiers. C'est une façon différente, plus émotionnelle, de faire réfléchir aux enjeux de ces technologies. Le roman associé va bientôt sortir
Envisagez-vous l'intelligence artificielle comme un outil de personnalisation et d'amélioration de l'expérience client, et comment voyez-vous son rôle évoluer dans les prochaines années dans la stratégie digitale des entreprises ?
Je pense que l'IA générative prend vraiment tout son sens dans l'amélioration de l'expérience client quand elle est enrichie par de la documentation : notices, données CRM, documentation technique... Le résultat devient nettement plus pertinent.
Soyons honnêtes, je préfère personnellement dialoguer avec une IA bien entraînée qui me répond instantanément et précisément, plutôt que d'attendre 15 minutes au téléphone pour obtenir une réponse dont la qualité dépendra entièrement du niveau de compétence de l'opérateur.
Dans notre lab interne chez ACADEE, nous avons poussé le concept encore plus loin. Nous avons développé un avatar 3D ultra-réaliste en utilisant un moteur de jeu vidéo puis nous l'avons couplé à une IA générative et à une base documentaire. On peut maintenant discuter naturellement avec notre voix avec cet avatar qui nous répond instantanément et avec précision puisqu'il puise directement dans la documentation validée. C'est super bluffant !
Mais je tiens à nuancer mon propos. L'expérience client pilotée par IA est parfaitement adaptée dans cas, comme la résiliation d'un abonnement ou une réponse à une question simple et factuelle. Oui, cela supprime des emplois de premier niveau, c'est indéniable, mais nous avons justement besoin de ces compétences humaines pour des tâches plus complexes ou dans des situations qui nécessitent un accompagnement émotionnel et empathique.
Je pense que les entreprises qui réussiront leur transformation digitale sont celles qui sauront trouver le bon équilibre : utiliser l'IA pour ce qu'elle fait mieux que nous, et recentrer l'humain sur sa valeur unique et irremplaçable.
C'est le grand paradoxe : dans ce monde de l'Intelligence Artificielle, nous n'avons jamais eu autant besoin d'Intelligence Emotionnelle !
Profil
Sam Dumas est le fondateur et PDG d'ACADEE, ainsi que co-fondateur de l'événement IA/Web3. Expert en innovation digitale et transformation, il est également conférencier sur l'intelligence artificielle. Auparavant, il a acquis une expérience significative dans de grandes agences de communication et de publicité comme BETC et Y&R. Il accompagne aujourd'hui les entreprises dans leur transformation digitale et est auteur d'un livre sur le sujet. Samuel est également coach et consultant, aidant les organisations à s'adapter aux enjeux numériques actuels.